Vous ne direz pas "Je ne savais pas....gnagnagna"
Les nouveaux pogroms
[Courrier international, 16 mai 2008]
- Dans le camp rom du quartier de Ponticelli
- (AFP).
« Vous qui vivez en toute quiétude, bien au chaud dans vos maisons. Vous autres téléspectateurs, lecteurs de journaux, regardez et demandez-vous si cette femme, cet homme et cet enfant qu’une terrible photo nous montre assis à l’arrière d’un triporteur avec leurs pauvres affaires, fuyant une population assoiffée de sang, sont des êtres humains. » Au lendemain de deux jours de violences anti-Roms à Ponticelli, La Repubblica évoque les déportés juifs de Si c’est un homme de Primo Levi pour décrire l’ambiance qui règne dans cette banlieue de Naples, et en Italie en général. L’arrestation d’une jeune Rom qui avait tenté d’enlever un bébé de 6 mois a déclenché une vague de violences contre les campements nomades de la ville, dont deux ont été incendiés, et a provoqué la fuite de leurs occupants.
Le faucon a dit : « Viens. Viens. » Volé. Jamais volé. Je viens. J’attends. La maison brûle.
La tête je le sais suivra aussi les pieds qui se lèvent, le faucon nous bat les deux ailes et je griffe le cuir de mes souliers comme le gant du fantôme qui nous porte…
Nous volons. Et la tête baisse des yeux, la ville nous fait une sorte de cible avec des feux qui clignotent, les gens bien sûr ne savent pas que le rôdeur n’attend plus à leur porte, je veux enlever leurs enfants et déchirer les visages qui me prenaient les yeux dans la cave. Sur la ville on voit tant de rats ! Le faucon dit : « On mangera. » Sur les toits je vois que les gens se déshabillent, je veux les voir, le faucon a de la chance, les gens se touchent.
Après la rue, la place, les voitures, quelle idée ! Je vole, je vois que les gens dorment et la ville est comme la cave des bouteilles vides, il n’y a rien après. Le vieux tient ses tripes à pleines pognes, le tatouage est ok. Nous volons sur la ville et le feu nous sert de repère. Demain, Demain aussi nous guide et je sens que les ailes sont douces. Je prends cette femme et ce verre. Je dit : « A moi. A moi. » La ville est à moi………….
J’ai tant de chose à faire…
Et les autres ? Quels autres ? Tant oui, tant de route à faire ! Demain je dis…le faucon ?
Le couteau est mon allié. Ce qu’il comprend…Cette route et le reste ! Un jour on se reposera, demain, ou ailleurs, la même chose.
Et ça sent. Ça sent l’envie.
Je dis : « Tu veux voler, Demain ? » Et le faucon dit : « Oui » Et c’est ce qu’il faut faire. Attends – les autres ? – viens. Je viens. Et Demain, vous le verrez, il vole ! Et je chasse ! Les choses sont pareilles. Et les gens saignent. Les gens saignent. Demain. Je ne me souviens pas. Les ventres, les têtes, voitures, maisons, ah, bon Dieu, c’est Demain qui en veut ! Oiseau de proie, chasse au vol, c’est ainsi qu’on le dit. J’attends. J’attends. Le Rôdeur qu’ils m’appellent. Ah oui ! Ils ont raison !
Demain…J’attends. Je viens. Allez vole !
VOLE !
